Amérique du Sud : 
La parade aux discus "bonbons acidulés" publié dans AP n° 44

 

Nombreux sont les éleveurs de discus qui considèrent que leurs poissons favoris constituent le "Must" de l'aquariophilie. C'est vrai qu'un joli groupe deSymphysodon dans un grand aquarium constitue un spectacle particulièrement attractif, surtout quand ces poissons sont issus d'une belle lignée de poissons sauvages.
Car que dire de ces "Pidgeon Blood", "Marlboro" (c'est pour quand les "Bout filtre" ?) et autres "turquoise voile albinos à il gauche bleu cerise et il droit jaune citron" ? Voir pour cela mon "Musée des Horreurs" Non, le discus d'élevage industriel n'est pas le "must", pas plus que le Hamburger n'est le "must" de la gastronomie !

Certains diront que sa maintenance est difficile et sa reproduction encore plus ! Les discus d'élevage se maintiennent sans aucun problème en eau du robinet même chargée en calcaire, c'est d'ailleurs bien souvent tout ce qu'on leur demande : être beaux.  Quant à la reproduction, c'est vrai qu'elle est passionnante, mais quel intérêt de reproduire ces formes toujours plus trafiquées ? Ah oui, j'oubliais : le "beau" toujours lui,  toujours plus coloré, toujours plus acidulé ! Mais le "beau" n'est que subjectif. Pourquoi admettre qu'un discus naturel n'est pas plus beau qu'un discus fluorisé ? Tout cela n'est qu'une question de goût, de subjectivité. Et puis, plus un poisson s'éloigne de la souche naturelle, plus il risque de présenter de gros défauts. Passons sur les défauts esthétiques puisque certains considèrent certains défauts comme des qualités, subjectivité ! Plus sournois sont les défauts comportementaux. Un éleveur industriel n'en a que faire de laisser des jeunes avec les parents de façon à ce qu'ils s'imprègnent d'un comportement naturel. Ils sont retirés dès la naissance, parfois avant et ne peuvent développer à leur tour un comportement qu'ils n'ont pas appris. Voilà pourquoi de nombreux Cichlidés sud américains largement reproduits en captivité ne savent plus garder leurs ufs et leurs alevins.
Et pourtant, l'Amazonie regorge de merveilles et, parmi elles, nombreuses sont celles qui sont largement plus difficiles à maintenir ou à élever que le discus d'élevage.
Qu'on se le dise, les amateurs de difficultés aquariophiles ont du pain sur la planche pour relever le défît de l'Amérique du Sud car nombreuses sont les espèces dont la reproduction constitue un véritable challenge. Pour elles, nul question d'utiliser de l'eau de conduite. Osmoseur quasi obligatoire pour un TAC très bas ; pH entre 5,5 et 6.5 indispensable
 
 

L'aquarium amazonien :

A plusieurs reprises lors d'expositions aquariophiles à Anvers, j'ai eu le plaisir d'admirer des bacs amazoniens reconstituant à merveille l'habitat des discus et de leurs comparses. Deux aquariums qui m'ont particulièrement marqués étaient décorés de la même façon : Un entrelacs de racines et branchages, le sol couvert de feuilles mortes. L'éclairage était particulièrement remarquable : seul un spot faisait pénétrer un rayon de "soleil" dans ces enchevêtrements, comme si la végétation dense de la forêt ne laissait passer jusqu'à la rivière que ce seul rayon de lumière. Dépaysement assuré ! C'est cela pour moi un aquarium amazonien, ce n'est en aucun cas un bac à la végétation luxuriante et artificielle, encore moins un bac nu "décoré" d'un pot de fleurs. Dans un tel aquarium ce ne sont plus les poissons seuls qui émergent mais l'ensemble du bac, poissons compris, qui nous conduisent tout droit dans les sous bois amazoniens.
 
 
Puisque nous parlions de discus pourquoi ne pas commencer par citer le Symphysodon discus, connu dans le milieu aquariophile sous le nom de "Discus Heckel" ? Voilà un poisson encore bien peu reproduit en captivité. Les divers "Aequifaciatus" sont également variés et de toute beauté. En fait, la reproduction des discus sauvages est l'étape supérieure de l'éleveur de discus (et non l'inverse comme certains le croient malheureusement trop souvent).
C'est vrai que les discus ont un attrait particulier ne serait-ce que par le type d'alimentation fourni aux alevins mais ils ne sont pas les seuls dans ce cas là. Les Uaru élèvent également leurs jeunes de cette manière. Ce sont des poissons assez grands et comprimés latéralement. Leur alimentation est particulière puisque ce sont essentiellement des végétariens. Inutile donc de vouloir les maintenir dans des aquariums plantés ! Des racines feront parfaitement l'affaire et seront conformes au biotope naturel. Ils cohabiteront sans aucun problème avec des discus dans de grands aquariums.
Certainement aussi connu et trafiqué que les discus, le scalaire présente également des formes sauvages beaucoup plus gracieuses que les formes d'élevage. Le majestueux Pterophyllum altum (ci-contre)constitue lui aussi un défi intéressant à relever car rares encore sont ses reproductions en captivité.
Proches des Pterophyllum, les Mesonauta ont également plusieurs espèces intéressantes, leur identification est assez difficile et de nombreuses espèces demandent encore à être décrites, voire même découvertes. Ils ne sont pas très difficiles à faire reproduire ; ils pondent  sur un support vertical, une grande feuille par exemple.
Les espèces des genres Chaetobranchus et Chaetobranchopsis sont mal connues car exportées sporadiquement. Leur alimentation en captivité semble présenter des difficultés car ce sont des planctophages qui se nourrissent d'invertébrés en suspension dans l'eau. Pour cela ils sont munis d'une bouche protractile. Leur reproduction semble encore inconnue, avis aux amateurs !
Et les Geophagus(au sens large) ! Ces poissons fouillent le substrat en permanence à la recherche de leur nourriture. Il y a un grand nombre d'espèces qui sont particulièrement colorées et de comportement relativement palcide. Leur reproduction n'est pas trop difficile, selon les espèces ils sont incubateurs buccaux larvophiles (ponte sur substrat suivie de la prise en bouche des larves après quelques jours) ou ovophiles (prise directe des ufs en bouche).
Les amateurs de sensations fortes ne négligeront pas les Crenicichla brillamment colorés. Ce sont des poissons fusiformes au corps adapté à leur comportement alimentaire : la chasse à l'affût. Le genre est divisé en plusieurs groupes taxinomiques, certains sont de très grande taille (parfois 50 cm !) alors que d'autres sont de véritables Cichlidés nains. Malgré leur taille, un couple d'une grande espèce ne nécessite pas un bac immense, 300 litres peuvent suffire, car ils sont assez sédentaires, aimant vivre à l'abri d'une grande racine. Leur appétit interdit toute cohabitation avec des espèces qui ne dépassent pas au moins la moitié de leur propre taille ! Les Teleocichla sont de petites espèces proches des précédents mais adaptées à la vie en eaux rapides.

 

Parmi les autres poissons remarquables nous pourrions également citer Acarichthys heckelii dont les nageoires impaires présentent de magnifiques prolongements rouges.

L'Amazonie est également le royaume des Cichlidés nains, Apistogramma, Dicrossus, Taeniacara et autres Biotoecus peuvent peupler des aquariums de taille modérée.

Voilà un rapide (et restreint) tour d'horizon des Cichlidés d'Amérique du sud. Comme on le voit, il est possible de sortir de la monotonie des discus, scalaires, Mikrogeophagus ramirezi ou Apistogramma agassizii issus des élevages intensifs. Il faut chercher, des trésors existent mais il faut se donner les moyens de les dénicher. Le problème actuel de l'aquariophilie est de n'offrir qu'un nombre très restreint d'espèces mais bien souvent dans ce domaine, c'est la demande qui fait l'offre. Si on ne fait que se contenter du "tout venant" alors dans quelques années nous n'auront plus que le "tout-venant", dénaturé, colorisé, hamburgurisé !
 
 

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