Une brique pour sauver vos poissons  publié dans Aquaplaisir N°31

Il était une fois… C'est ainsi que commencent souvent les vieilles histoires. Celle-ci remonte à plusieurs années.

Lors d'une visite chez mon ami Jean-Pierre Hacard, je fus très intrigué par la présence, dans l'angle supérieur d'un de ses aquariums contenant de magnifiques Tropheus "Kiriza", d'un amas de pots de fleurs maintenus par du fil de pêche. J'interrogeais donc Jean-Pierre sur cet agglomérat pour le moins inesthétique. Son explication fut tellement évidente, tellement logique que je me suis demandé comment je n'y avais pas pensé plus tôt.

Il arrive souvent dans un aquarium de Cichlidés que des poissons soient refoulés. Il peut s'agir de nouveaux venus qui n'arrivent pas à se faire une place, de femelles en incubation un peu maltraitées, de mâles dominés et en surnombre. Tous ces poissons n'ont souvent qu'une solution : se retirer des zones rocheuses où ils sont harcelés pour aller vers la surface. Là, ils trouvent un "refuge" très provisoire dans un angle où ils se font souvent allègrement massacrer. Les nageoires en lambeaux, les écailles arrachées, leurs chances de survie sont minimes et il suffit parfois de quelques heures pour qu'ils soient achevés sans aucune pitié par leurs congénères.

Le poisson stressé stresse à son tour son propriétaire qui se demande comment faire pour sauver ce magnifique sujet sauvage qu'il a payé une fortune chez le commerçant du coin !

L'aquariophile ignorant va alors tout faire pour le pêcher et le soigner dans un autre bac. La pêche dans un aquarium rocheux est loin d'être évidente et notre martyr, même bien mal en point, ne se laissera pas attraper facilement (où alors c'est qu'il est si mal en point que son sauvetage ultérieur est bien aléatoire). Les roches retirées, le bac partiellement vidé, la moquette mouillée, la maîtresse de maison énervée, de nombreux jurons lâchés, le poisson est enfin dans l'épuisette. Après de longues semaines dans un bac infirmerie où il est chouchouté, patiemment soigné, nourri, ses nageoires lui permettant de se mouvoir à nouveau correctement, le poisson "retapé" est réintroduit dans le bac communautaire où il se fait, à nouveau, massacrer en moins d'une heure. Stress ! Tout est à recommencer, Madame se fâche, le divorce est proche !

Ce n'est donc pas la bonne solution.

Sachant que ces poissons martyrs se retranchent dans les angles supérieurs, il suffit de leur aménager des abris à ces endroits, et comme, en règle générale, les pierres ne flottent pas (ou alors ce n'est pas du persil qui pousse dans votre jardin !) il faut trouver autre chose. Voilà l'explication des pots de fleurs de Jean-Pierre.

Depuis, il m'a été donné à plusieurs reprises d'utiliser ce système. Mais plutôt que d'utiliser des pots j'utilise une brique creuse (40x25x10cm divisée en deux soit 20x25x10) suspendue sous un renfort. Cela permet de placer, d'un seul coup, dix alvéoles d'une taille de 4cm x 4cm et 20 cm de long. D'autres utilisent des tuyaux de PVC plus légers, leur diamètre souvent plus important permet alors de fournir des abris à des poissons plus gros ("Cichlasoma", gros "Haplos"). De plus il est possible de ficeler ensemble plusieurs tuyaux de diamètres divers permettant ainsi à des poissons de tailles variées d'y trouver des refuges à leur mesure.

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Il est remarquable de constater à quelle vitesse les malheureux trouvent le refuge et s'y sentent bien. De là ils dominent, visuellement, le bac. Ils ne sont pas vus et donc pas harcelés. Ils en sortent à leur guise pour aller se nourrir et y retournent dès qu'une menace se fait sentir. En quelques semaines ils retrouvent la santé et s'intègrent progressivement à la communauté. Quand on constate qu'ils ne sont plus persécutés on peut alors retirer cette installation.

Le système est particulièrement bien adapté lors de l'introduction de nouveaux sujets dans un bac communautaire. On sait en effet que, dans un aquarium, les limites des territoires sont les vitres du bac. Tout nouvel arrivant devra donc se constituer un territoire au détriment de celui des autres espèces. Ce qui ne se fait pas toujours sans mal. On recommande donc souvent dans ce cas de détruire entièrement le décor pour le reconstituer de façon différente. Cette opération est pénible et parfois impossible (décors en résine). Les abris suspendus sont alors du plus grand secours et très efficaces, tout en étant d'une grande simplicité.

Ce système a permis de sauver la vie de centaines de Cichlidés. Certes ces tuyaux, cette brique, ces pots de fleurs ne sont pas très esthétiques suspendus dans le magnifique aquarium qui orne votre salon mais il faut parfois mettre de côté l'esthétique pour que les poissons soient à leur aise.

Au niveau de l'esthétique, Philippe Vuillaumier nous donne sa solution :
Comme beaucoup de monde, j'ai commencé par le PVC fixé par des colson en hauteur, mais très vite j'ai eu mare des remarques de ma femme sur le coté inesthétique de ces bouts de tuyaux, et j'ai fait le même bricolage avec du bambou, ce qui fait plus naturel. Dans un 1er temps je me suis dit que j'allais couper des morceaux de bambou et les laisser flotter, mais en 48h ils ont coulés. Je les ai accroché comme sur la photo de ton article, et j'y a fixé quelques Anubias nana histoire de camoufler un minimum les colson. Pour le bambou, je suis allé chez Pierre Import, et j'ai acheté un brûleur anti moustique torche en bambou à 3 Euros
 


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