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Où voir des Orchidées
 

Généralités


Il est souvent surprenant pour le néophyte d'apprendre que l'on peut trouver des orchidées sauvages dans notre région. Pourtant leur découverte n'est souvent pas très difficile et à la portée de tous. Il ne faut pas de longues heures de marche mais juste un peu de "nez" pour dénicher les endroits susceptibles d'en héberger. Ce "nez" s'acquiert au fil des années, c'est l'expérience ! Malgré cela il arrive fréquemment que l'orchidophile aguerri, suivant son instinct, se retrouve devant un champ totalement vide. Mais parfois il y a de bien belles récompenses.
L'objectif de ces quelques pages est d'aider les néophytes à repérer les zones favorables.

Tout d'abord il faut savoir que nos chères plantes n'apprécient guère tous les chamboulements et travaux liés à l'agriculture moderne ou à l'activité humaine intense. Inutile donc d'en chercher au bord d'un champ de blé en plein milieu du Pays de Caux !

Ce qu'elles aiment ce sont les zones restées à l'état naturel ou celles dont l'empreinte humaine et agricole est faible ou même ancienne. 
Pas de surpâturage, pas d'engrais mais par contre un entretien régulier des terrains car les petites se laissent facilement envahir par les hautes herbes et la végétation arbustive. Un pâturage léger assurant une tonte régulière sans être excessive, empêchant la pousse des arbustes sans trop de piétinement ni d'apport de matières organiques leur conviendra parfaitement. C'est ainsi que les terrains gérés par le CSNHN sont régulièrement broutés par les moutons. 
Les sites laissés à l'abandon voient souvent leur population péricliter avant de disparaître ; une intervention humaine raisonnée est donc souvent indispensable. 
Ces zones naturelles vont souvent à l'encontre des intérêts économiques modernes et les sites ont donc souvent tendance à disparaître. Les champs sont amendés pour un herbage plus gras, les zones humides sont asséchées, les zones industrielles et d'habitation s'étendent, ne laissant que de rares sanctuaires souvent dans des zones "inhospitalières" pour le monde moderne. Par contre toutes ces zones naturelles sont un réservoir de biodiversité car outre les plantes variées, nous pouvons aussi y observer une multitude d'insectes, de reptiles, batraciens, oiseaux, etc.. Chaque pas dans ces milieux est susceptible d'apporter une surprise à ceux qui savent regarder.

Nous proposons ici de détailler les zones de prédilection de nos orchidées. Toutefois certains critères se chevauchent, ainsi une pâture peut être sur un coteau calcaire, tout comme un sous-bois, ou au contraire dans une zone plus humide. Quant aux talus des bords de routes, ils sont souvent liés à un coteau calcaire adjacent.

Nous donnons pour chaque biotope quelques espèces caractéristiques mais la liste n'est pas exhaustive et certaines plantes se retrouvent dans des zones assez diverses.


 
Les pelouses calcicoles




La Haute-Normandie est marquée par la présence d'un plateau calcaire important entaillé des vallées aux rebords parfois escarpés de la Seine, de l'Eure ou de quelques petites rivières.
Ces zones parfois abruptes constituées de pelouses sèches sont inhospitalières pour l'habitat ou l'agriculture. Elles étaient autrefois consacrées au pâturage des moutons mais sont actuellement souvent à l'abandon. Non soumises aux méfaits de l'agriculture intensive, elles ont conservé une faune et une flore variées. Les orchidées y sont nombreuses. On trouve notamment des Ophrys (fuciflora, litigiosa), des Orchis (militaris, purpurea, simia), des Gymnadenia, Epipactis atrorubens, Himantoglosum.
On peut également y rencontrer l'anémone pulsatille, la violette de Rouen ou encore la mante religieuse, sans parler des nombreux papillons qui volent au moindre rayon de soleil.

Les pelouses calcicoles constituent l'habitat privilégié des orchidées de notre région.
 

Les côteaux de la Seine  à Amfreville et la côte des Deux-Amants constituent un exemple parfait des coteaux calcaires à pelouses sèches.
Il faut juste parfois un peu de courage et des bonnes jambes pour aller y prospecter.

Végétation caractéristique d'un coteau calcaire :


 
 
 
Les prairies

Le rebord de collines ou petites vallées peu abruptes sont également des habitats intéressants. Parfois proches des pelouses calcicoles sèches, ils s'en distinguent par un sol riche plus épais. Les prés y sont donc plus gras, l'herbe plus épaisse et sont plus facilement utilisés pour l'élevage. 
La population d'Orchidées peut y être assez proche de celle des coteaux calcaires. Nous pourrons y trouver :  An. pyramidalis, Ophrys apifera, Op. aranifera, Gymnadenia, conopsea  mais aussi Anacamptis morio,Coeloglossum viride, Dactylorhiza fuchsii et maculata qui sont absents des pelouses plus sèches.
L'élevage intensif provoque souvent une surcharge des sols en matières organiques afin d'obtenir davantage de fourrage pour les animaux provoquant une disparition des orchidées et une uniformisation de la végétation. Il est encore toutefois possible de trouver des prés à végétation très variée dans lesquels nos orchidées se plaisent.

Certaines pelouses de fond de vallons, plus humides ont une population à rapprocher davantage de celle des zones humides.

Un pré naturel montre toute la diversité de sa flore : formes, couleurs. 
Les insectes y sont également légion, c'est un bel exemple de biodiversité dans un espace restreint.



 
 
 
 
 
 
 
 
 

Un champ très riche en bordure du pays de Bray : Gymnadenia, Ophrys, Coeloglossum, Orchis
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Ce champ très connu en vallée de l'Oison abritait de nombreuses espèces. Malheureusement la gestion concertée avec le cultivateur semble avoir échoué ces dernières années. Les vaches, trop nombreuses, ont "labouré" le champ provoquant une raréfaction des plantes, notamment des Coeloglossum et Dactylorhiza fuchsii.


 
 
 
 
 
 
 

Un joli champ près d'Envermeu : Platanthera, Orchis, Ophrys, Coeloglossum
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Les pelouses en haut des falaises peuvent aussi abriter des merveilles. Celle-ci permet d'observer Ophrys apifera et surtout Neotinea ustulata, très rare en Haute-Normandie


 
 
Les talus et bords de routes

Les bords de routes sont parfois très intéressants si les gestionnaires du lieu prennent soin d'effectuer un entretien raisonné, c'est à dire une tonte tardive qui permet à la végétation de bien se diversifier. Les plantes qu'on y trouve sont souvent le reflet de la végétation de alentours : plantes de coteaux, plantes de sous-bois ou de prés, voire même parfois de zone humide. 
 
 
 
La fauche tardive est très profitable aux orchidées.
Ici un talus à Saint Samson de la Roque :  Gymnadenia, Platanthera, Anacamptis.
Les talus en contrebas d'un coteau calcaire sont particulièrement favorables aux orchidées ici à St Adrien on peut observer : Ophrys, Himantoglossum, Orchis militaris, Gymnadenia, Anacamptis.
Ce talus a ensuite été fortement détérioré par les moutons du conservatoire pour lesquels un grillage avait été placé à mi-hauteur du talus.
Talus "labouré" par les services de l'équipement: la terre est mise à nue, les plantes détruites. L'exemple même d'un mauvais entretien néfaste à la végétation.
Un bord de route riche en Ophrys apifera dans l'Orne.
Exploration en bord de route


 

Lisières et sous-bois


Les sous-bois et lisières sont le domaine de prédilection de nombreuses orchidées. Certains Epipactis, les Cephalanthères,  l'étonnante Neottie nid-d'oiseau ne se rencontrent qusaiment que dans nos sous-bois. Mais on peut aussi rencontrer des espèces moins exigeantes : l'orchis pourpre, l'ophrys mouche. Ces milieux ne sont donc pas à négliger dans nos prospections.

 
 bois sur coteau calcaire près des Andelys (27). 
On y trouve de nombreux orchis pourpres mais également des céphalanthères et épipactis.
Les lisières des bords de routes sont également souvent riches en espèces et particulièrement faciles d'accès, ils abritent fréquemment les espèces que l'on rencontrera dans le bois lui-même et qui bénéficient ici d'un peu plus de lumière.

Lisière en bord de route (vallée de l'Eure)


 
 
Les zones humides





Les zones humides ne sont pas très nombreuses dans notre région où elles ont tendance, comme partout, à subir des assèchements afin d'en faciliter l'exploitation. 
Toutefois certains fonds de vallées, certains talus humides, les bords de l'estuaire de la Seine ou les zones alluvionnaires de méandres du fleuve présentent encore des zones favorables pour une végétation humide. N'oublions pas non plus les grandes tourbières du Marais Vernier ou d'Heurteauville qui constituent des milieux très particuliers acides et où l'ont peut trouver notamment des plantes carnivores Drosera rotundifolia et D. intermedia tout comme dans certaines landes tourbeuses de la Manche qui, elles, abritent la très rare spiranthes d'été.
Certains coteaux calcaires présentent également des petites zones humides ; ils sont sans doute alimentés en profondeur par de petites nappes phréatiques. 

Dans ces zones nous pourront rencontrer notamment des Dactylorhiza incarnata, D. praetermissa, D. majalis, Epipactis palustris, Anacamptis laxiflora ou le très rare Anacomptis palustris.


 
Le marais Vernier, la plus grande tourbière de France est un milieu naturel privilégié et riche.
Zone humide en bordure de la Seine (Aizier)
Zone humide artificielle constituée par une "chambre de dépôts" destinée à accueillir les boues de dragages du fleuve ; nombreux Dactylorhiza.

Le long de l'estuaire de la Seine de nombreuses zones anciennement marécageuses ont été remblayées avec les boues de dragage du fleuve. Ces zones ont vite été envahies par la végétation et constituent des milieux privilégiés pour la flore et la faune.
 

Pré humide en fond de valeuse littorale :
Anacamptis laxiflora, Dactylorhiza incarnata
Zone humide en bordure de falaise près de Dieppe : Epipactis palustris, Dactylorhiza spp
Lande tourbeuse dans la Manche : Spiranthes aestivalis, Dactylorhiza maculata elodes, Drosera intermedia.
Les arrières dunes du Nord Cotentin permettent également de nombreuses observations notamment dans les zones humides.

Des lieux insolites

Le cimetière de Bully permet d'observer une dizaine d'espèces d'orchidées.

D'autres cimetières du sud de l'Eure abritent des Spiranthes.

A Evreux cet ancien lotissement de la base américaine est riche en Spiranthes d'automne
Présence étonnant au bord du terrain de sport du collège !!