Ces merveilleux "monstres" d'Amérique Centrale publié dans Aquaplaisir n°47

Note : Il n'est pas tenu compte dans cet article de la récente "classification" de Burgess.

Pendant bien longtemps je n'ai guère apprécié les grands Cichlidés d'Amérique Centrale. Comment apprécier ces poissons de 30 cm maintenus dans des bacs de 500 à 800 litres dans lesquels ils se massacrent allègrement, ne laissant bien souvent que quelques individus d'espèces diverses et voués au célibat ?

Puis, un jour, à l'occasion de vacances sur "La Côte" comme disent ceux qui ne voient la mer qu'entre Menton et Marseille (les malheureux !) j'ai eu le plaisir immense de rendre ma première visite à Jean-Claude Nourissat. Là, j'ai découvert qu'on pouvait avoir de magnifiques poissons américains vivant en parfaite harmonie. Depuis je me suis à plusieurs reprises rendu chez lui. Son installation a évolué, les bacs de 1000 litres trop petits ont fait place à deux immenses bacs de 15 m3 (si je me souviens bien) abritant pour l'un des Cichlidés malgaches et pour l'autre des Vieja, Herichthys et autres Parachromis. Ces aquariums sont venus s'ajouter à la "vieille piscine" de 12 m3 abritant elle aussi son lot de Petenia, synspi, etc.. Quand vous saurez que l'éclairage est assuré par le généreux soleil toulonnais laissant voir les poissons sous leurs plus belles couleurs naturelles, alors là vous comprendrez que j'ai revu mon jugement. Oui, les poissons d'Amérique Centrale sont des merveilles, brillant d'une multitude de couleurs, évoluant gracieusement, se pourchassant parfois. C'est un réel plaisir de pouvoir les observer dans de telles conditions.

Chez Jean-Claude, dès qu'un visiteur approche, tout le monde se rue vers la vitre frontale

Certes ils ne vous séduiront guère dans l'aquarium du commerçant local. Souvent grisâtres, ils n'attirent guère le regard. De plus si votre vendeur favori vous prévient gentiment qu'ils feront adultes une trentaine de centimètres, que ce sont eux qui feront le décor à leur guise, que vos Néons et autres Guppys seront les bienvenus comme nourriture et votre magnifique massif de Vallisneria sera regardé comme de la laitue… Evidemment on comprend que vous soyez découragés. Mais si votre aquarium fait un bon millier de litres, si vous ne considérez le décor que comme une imitation de rives rocheuses des cours d'eau ou lacs, encombrés de branchages, si vous estimez que la beauté et l'observation des poissons suffit à votre bonheur alors, franchissez le pas. Découvrez ces merveilles.

La Maintenance :
On ne voit jamais assez grand, 1000 litres doit être considéré comme une "base de départ". La qualité de l'eau n'a guère d'importance si elle n'est pas trop douce et acide; on a vu des Cichlidés en eau de mer ! Le décor : roches et racines.

Alimentation : Tout (sauf le cœur de bœuf) : granulés, moules entières, grosses crevettes, vers de terre…..

La densité : C'est un peu comme pour les M'bunas du Malawi, en surpeuplant légèrement il y a moins de problèmes sauf que le type de reproduction inclut une surveillance du territoire parfois désastreuse pour les cohabitants.

La reproduction :
Ce sont tous des pondeurs sur substrat (généralement découvert pour les grandes espèces). Il est primordial que le couple se choisisse au sein d'un groupe de 5 à 6 subadultes. Le couple formé s'isole et nettoie le support de ponte (roche ou racine) pour y déposer souvent plus d'un millier d'œufs. Ceux-ci sont très étroitement surveillés et c'est bien souvent à ce moment que certains massacres ont lieu dans des bacs trop exiguës car rien ne résiste à un couple qui défend sa progéniture. Je me souviens il y a bien longtemps avoir vu chez Jean-Pierre Hacard deux couples de Vieja maculicauda en reproduction simultanée chacun à l'extrémité d'un aquarium dont la longueur doit approcher 2,5 à 3 m. Jean-Pierre avait dû placer une vitre de séparation au milieu du bac pour éviter les conflits !

Les larves éclosent au bout de trois jours puis sont promenées par les parents à la recherche de nourriture. Le moindre égaré est pris délicatement en bouche et recraché dans le nuage. C'est réellement un spectacle touchant de voir ces "monstres" s'occuper ainsi de leur minuscule progéniture. Ils sont ainsi surveillés jusqu'à ce qu'ils atteignent parfois plusieurs centimètres et peuvent dans de bonnes conditions envahir un aquarium.

Quelques "vedettes" :
Il serait évidemment trop long de recenser toutes les espèces, c'est pourquoi je vous propose un rapide tour d'horizon de quelques vedettes incontournables du bac d'Amérique Centrale.
 
 
Commençons par le "Nicaraguense", Hypsophrys nicaraguensis. C'est certainement un des plus beaux Cichlidés qui existe et le spectacle d'un couple en reproduction est inoubliable ; les couleurs sont vraiment extraordinaires : du vert, de l'ocre, du noir. Quelle merveille !

Une forme chromatique sans vert existe également. Elle est entièrement ocre et les femelles en période de reproduction ont un tache rouge sur les flancs.

H. nicaraguensis est originaire des lacs et cours d'eau du Costa-Rica et du Nicaragua. Sa taille est d'environ 20 cm. Contrairement à d'autres Cichlidés centraméricains, il est assez facile de reconnaître les sexes relativement tôt puisque les mâles présentent des taches noires sur les nageoires impaires, de même chaque écaille est marquée d'un point noir. Les femelles n'ont pas ces marques mélaniques, elles ont, par contre, une coloration plus brillante. H. nicaraguensis se distingue des autres grands Cichlidés de la région par le fait que ses œufs ne sont pas adhésifs. Ils sont déposés et surveillés attentivement par les parents dans une cuvette creusée dans le substrat.

Le salvini, "Cichlasoma" salvini, est également une espèce extrêmement colorée, particulièrement les populations du Belize et de l'Usumacinta chez lesquelles les femelles brillent de mille feux jaunes et rouges. On le rencontre sur la côte atlantique du Mexique au Guatemala. C'est certainement un des Cichlidés les plus communs dans cette région. Sa taille, comme le précédent reste relativement modeste, un grosse vingtaine de centimètres.
Le Synspi : Vieja synspilus est encore une espèce très colorée. Sa répartition géographique est limitée au sud Mexique, Guatemala et Belize où l'on trouve les formes les plus colorées. Il a fallu longtemps à Jean-Claude Nourissat pour retrouver en milieu naturel la forme multicolore que nous connaissons en aquarium. Comme tous les Vieja, c'est un grand poisson pouvant dépasser 30 cm dans de grands aquariums. Les mâles peuvent développer une bosse frontale n'ayant rien à envier à celle des Cypho du Tanganyika. Parmi les autres Vieja intéressant citons V. maculicauda qui est également une espèce très colorée et le merveilleux "Cichlidé d'Argent" V. argentea à la robe argentée constellée d'une multitude de point noirs, un négatif du Tropheus duboisi ou encore V. zonata à la belle couleur bleue.
Le "Texas", Herichthys carpintis et son cousin H. cyanoguttatus sont présents sur le versant atlantique du Mexique jusqu'au Texas (H. cyanoguttatus). Ce sont des Cichlidés de taille moyenne (20 cm) Leur corps est verdâtre avec une multitude du points nacrés. En période de reproduction ils portent un masque facial clair ce qui fait dire à certains (Kullander) que certaines espèces telles que "Cichlasoma" bartoni ou "C" labridens présentant ce masque facial pourraient être intégrées au genre. A l'inverse, deux espèces magnifique "C" pearsei et "C" bocourti à répartition plus méridionale et sans masque facial doivent en être exclu.
Les Parachromis sont connus sous le nom vernaculaire de "Guapotes". Ce sont généralement de grands Cichlidés piscivores. Le plus connu a été longtemps commercialisé sous le nom de "friedrichsthalii" (comme ça se prononce !) jusqu'à ce que l'on se rende compte qu'il y avait méprise sur l'identité. Il est maintenant décrit sous le nom de P. loisellei. Les Parachromis sont également des poissons très colorés fréquemment à base de jaune doré et de noir. En aquarium on ne pourra oublier leur instinct naturel et ne les faire cohabiter qu'avec des espèces assez grosses.
Photo : Parachromis managuensis
Le Petenia splendida : Il se dégage de ce poisson une sorte de force tranquille. C'est un poisson assez fusiforme avec une grande gueule terminale qui évolue majestueusement en pleine eau. C'est un grand prédateur capable de projeter sa mâchoire en avant pour aspirer ses proies, constituées de petits poissons. La très rare forme rouge est particulièrement recherchée des amateurs.
Le "Citrinellum" (Amphilophus citrinellus) est aussi une des vedettes américaines. la souche habituellement maintenue en aquariophilie est sans doute d'origine hybridogène (citri x labiatus). En milieu naturel, la forme rouge n'est pas dominante en nombre mais est la plus recherchée. J.C. Nourissat a pu récemment pêcher de très beaux sujets dans le lac Nicaragua où les couleurs sont particulièrement variables.
Les ruisseaux et rivières à courants rapides comptent également quelques espèces particulièrement adaptées à ces biotopes . Leur corps est fusiforme, bien adapté pour lutter contre la force du courant. Ce sont les Theraps et Chuco. C. intermedium a une vaste répartition au sud Mexique, Guatemala, Belize. On le reconnaît facilement au T couché présent sur ses flancs. Les Theraps ont le corps encore plus allongé. Ils sont très colorés particulièrement le T. irregularis. Le genre est proche d'un autre genre, Paraneetroplus, dont il ne se distingue que par la forme des dents. Ce sont des poissons relativement difficiles à tenir en aquarium, du moins si on ne peut leur offrir une eau fortement brassée.

Voilà, très rapidement brossé ce portrait de quelques belles espèces d'Amérique Centrale. Ils ont eu leur heure de gloire parmi les amateurs de Cichlidés mais sont actuellement détrônés par les Cichlidés d'Afrique de l'Est ne nécessitant pas de volumes aussi importants. Ils sont toutefois toujours présents dans les aquariums et celui qui a la possibilité de leur offrir une demeure à leur mesure ne devra se priver du spectacle grandiose qu'ils offrent. Les possesseurs d'aquariums plus modestes pourront consacrer leurs loisirs aux petits Cryptoheros ou aux Thorichthys tout aussi colorés mais de taille beaucoup plus modeste. Peut-être y reviendrons nous un jour.

Je tiens à remercier Jean-Claude Nourissat qui m'a permis de découvrir ces poissons dans son paradis provençal et qui a eu la gentillesse de corriger quelques petites erreurs dans cet article.
 
 

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