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De La Clape à l’Escala - Avril 2005
Les photos

Ophrys1 -Ophrys 2- hybrides


En ce printemps 2005, j’ai décidé d’installer mon camp de base à Argelès sur mer dans les Pyrénées Orientales. La région me semble intéressante, située à égale distance des sites de La Clape dans l’Aude, de l’Escala en Espagne et de l’arrière pays audois. Cela doit me permettre aussi de découvrir la Côte Vermeille. L’objectif orchidophile est de revoir certaines espèces vues les années précédentes (2001 et 2002) et d’autres, encore inconnues comme Ophrys vasconica. J’aurais bien aimé aussi trouver O. catalaunica et Orchis pallens mais, de toute évidence, les dates sont trop hâtives et ces deux projets sont abandonnés.
Dimanche 10 avril.

Le groupement Roussillon sous la conduite de Jean Marc Lewin s’est donné rendez-vous près de Millas, pour une journée de prospection. J’ai donc décidé de me joindre à eux pour la matinée. Lors des discussions, j’apprends que l’année ne semble pas trop favorable, le temps est sec et froid, occasionnant un retard important dans les floraisons ; il faudra s’en contenter. La Tramontane est particulièrement forte, il ne fait pas chaud. Nous explorons le versant sud de Força Real, rien, pas une rosette le terrain acide est peu propice aux Orchidées. Avec Jacques Guimberteau descendu de Bordeaux pour la semaine, nous décidons de ne pas nous attarder ici et de nous rendre vers Rivesaltes. Les données GPS fournies par Jean-Marc Lewin nous permettent de trouver facilement ce que nous cherchons : les hybrides Ophrys lutea X O. lupercalis et trois magnifiques pieds de O. scolopax à labelle jaune. Nous voyons aussi d’assez nombreux O. lupercalis encore bien en fleurs et des O. scolopax à la coloration normale. Il est très difficile de faire des photos tant le vent est fort (130 km/h paraît-il).

L’après-midi je pars découvrir la Cöte Vermeille, Collioures est bien joli, quelques Barlia sont encore en fleurs au bord de la route côtière.

Lundi 11 avril

Le matin je me rends à Torreilles où je sais pouvoir trouver des Ophrys marzuola (ou arachnitiformis occidentalis ou exaltata marzuola, je vous laisse le " choix des armes "). Effectivement il y en a en très grande quantité, la variabilité est extrême avec des labelles et périanthes plus ou moins colorés. O. lupercalis est également présent sur la station et en cherchant bien, je finis par trouver quelques hybrides entre les deux espèces. En repartant je tombe sur Jacques qui est en train de fouiller dans la dune, je le conduis vers le site principal.

Je file l’après-midi vers l’Espagne et plus particulièrement vers l’Escala, zone explorée en 2002. J’y avais découvert un site fort intéressant et j’avais ensuite appris que quelques hybrides m’avaient échappés. Dès l’arrivée, je suis frappé par le retard de végétation par rapport à ma première visite et par le peu de plantes, là aussi le temps sec et froid a retardé les floraisons. Les Ophrys tenthredinifera commencent tout juste à s’ouvrir, les marzuola sont encore bien en fleurs alors que les passionis démarrent tout juste. Il y a aussi de belles lupercalis bien costauds, les Barlia encore bien ouvertes. Je trouve facilement quelques hybrides tenthredinifera x passionis mais ceux que j’avais vus il y a 3 ans ne sont pas encore ouverts. Je cherche, et trouve, de beaux hybrides tenthredinifera X lupercalis. Le lendemain j’apprendrai que ce site est en sursis, une maison doit y être construite !

Non loin de là, un talus dans une propriété privée est couvert de lupercalis et marzuola, je trouve plusieurs hybrides entre les deux espèces.

Mardi 12 avril

Le vent s’est un peu (tout est relatif !) calmé, je décide de retourner à Rivesaltes pour y refaire des photos plus nettes, les premières Ophrys lutea apparaissent. Là, je rencontre par hasard Alain Bonny, orchidophile local, qui va me conduire vers d’autres sites. Le premier, non loin de là, abrite une belle population de lutea, des bilunalata (qu’il conviendrait d’appeler marmorata), des scolopax et lupercalis. Les sangliers se sont régalés ! 

Nous prenons ensuite la direction de Cabestany. Dans un champ de très beaux et nombreux Anacamptis picta allant du blanc pur au violet sont faciles à voir. Il y aurait aussi des A. papilionacea et l’hybride entre les deux mais nous ne les trouvons pas. Pas plus que dans un autre site proche où nous voyons des rosettes de Serapias lingua et de Spiranthes spiralis. Je reviendrai dans une semaine, au cas où….

Jeudi 14 avril

La Clape me tend les bras. J’ai l’intention de revoir certains sites vus en 2001 mais aussi de trouver d’autres sites que l’on m’a indiqués. Un internaute orchidophile, Laurent Bessol, en échange de quelques renseignements varois, m’a fourni quelques indications. Le premier arrêt me fait découvrir quelques scolopax et marmorata mais pas les bombyliflora espérées. Je me rends donc sur une petite station connue où elles sont bien en fleurs et superbes. Un peu plus loin je m’arrête dans une zone indiquée par Laurent pour chercher un seul et unique pied d’O. tenthredinifera et un autre de O. vasconica. Je sais par Jacques Guimberteau qui est passé la veille que le premier n’est pas ouvert mais que le second est en fleurs. Je cherche en vain pendant une heure et ne trouve que des marzuola, lupercalis, lutea. Je me dirige donc maintenant vers un autre site non connu abritant plusieurs pieds d’Ophrys ciliata. Je cherche en vain dans la zone pour finalement abandonner. Le soir, reprenant mes cartes, je me rendrai compte que je me suis " planté " d’environ 300 mètres……. J’y retournerai.

Finalement je décide d’aller voir le pied très connu près d’une maison forestière (en démolition). En chemin je vois, dans une zone connue, un photographe, à 4 pattes, position caractéristique, ce n’est autre que Laurent Bessol devant un superbe hybride scolopax X marzuola. Nous décidons de retourner vers la zone où il m’a indiqué le tenthredinifera….. on ne le retrouve pas, pas plus que le vasconica ! En désespoir de cause je file seul vers la maison forestière sans grand espoir. Là aussi il y a un internaute orchidophile à 4 pattes, en plus on se connaît via le net (Thierry Arbault voir son site Flore de France). " Elle n’est pas encore en fleurs " dis-je…. " Si "…… Ouahhhhh, une magnifique fleurs de l'Ophrys ciliata nous tend les bras. L’hybride avec lutea n’est pas ouvert. Je vais ensuite voir une belle station proche de lutea et bombyliflora. C’est très sec, ils sont en fleurs mais les feuilles sont bien jaunes. Retour maison, enchanté par la vue de l’Ophrys miroir.

Samedi 16 avril

J’ai décidé d’aller vers l’intérieur des terres en commençant par Alet les Bains pour y voir une espèce que je ne connais pas encore : Ophrys vasconica. Si j’ai le temps je m’égarrerai sur le chemin du retour vers Parahou et Bugarach bien que Jacques Guimberteau qui y est allé quelques jours auparavant m’a dit qu’il n’y a rien à voir, m’enfin… c’est sur la route. Je commence donc par Alet, la route est longue, près de 2 heures, sinueuse, mais magnifique. Je suis les indications données par Jean-Marc Lewin. J’arrive à une barrière, je me gare, le GPS donne 300 mètres vers le sommet de la colline. C’est bien les GPS, mais ça ne tient pas compte du relief, m’enfin, 300 m, ça doit se faire. Un petit chemin monte à travers bois puis….. disparaît. Je suis en pleine brousse, le GPS…. 170 m…. je vais à droite, à gauche, en haut, en bas, la flèche du GPS ne sait plus quoi indiquer. Je commence à être sérieusement épuisé. Les poumons éclatent, les jambes font mal (mon genou droit me rappellera pendant plusieurs jours cette excursion !). Je suis obligé de passer à travers la végétation dense, évidemment au lieu de mettre mon treillis, resté dans la voiture, j’ai le jean et le manteau, bien propres… Il pleut, il fait froid. La végétation est tellement dense que je m’attends à trouver des Orchidées épiphytes ! Mais comment peut-on venir en un tel endroit inhospitalier pour chercher des orchidées ? Je ne sais plus si le GPS m’indique le haut ou le bas, finalement je décide, coûte que coûte d’aller vers le sommet en me disant que s’il n’y a pas de chemin pour monter, il y en a peut-être un pour descendre…. Au bout d’une heure environ, totalement épuisé, je vois soudain la végétation s’éclaircir, la pluie cesse, le soleil apparaît. Une belle pelouse, Quelques Ophrys marzuola, lutea, un pied énorme ressemblant à marmorata et, enfin, les vasconica. Elles sont belles, je fais des photos malgré le vent (mais pas envie de refaire la grimpette de si tôt. Je lève un peu les yeux et, évidemment, je vois une piste qui s’arrête tout près du sommet ! ! ! Je me suis garé trop bas, il fallait passer la " barrière " et continuer tranquillement en voiture. En redescendant vers la piste je vois ce qui semble être Ophrys virescens. Le retour vers la voiture est nettement plus tranquille.

Sur le chemin du retour et malgré tout le temps perdu je vais vers Bugarach, au moins pour voir si ça vaut le coup d’y retourner dans une semaine. Rien, quelques O. marzuola à peine avancées. Il fait froid, il pleut, le vent est fort, c’est comme en Bretagne en plein hiver, la pluie tombe à l’horizontale ! Des pelouses que j’avais vues quelques années auparavant remplies d’Orchis conica et ustulata n’abritent que des primevères et des pissenlits. Rien, pas une Orchidées, à peine quelques rosettes. De toute évidence, il est inutile de revenir dans une semaine.
 

Dimanche 17 avril

Aquarium du Canet en Roussillon. A oublier pour les fans ! Bacs souvent trop petits pour certains poissons, mal entretenus, mal nettoyés, poissons malades ou difformes. Sans intérêt.

Lundi 18 avril

Je trouve quelques Serapias lingua en boutons à Port Argeles.

Mardi 19 avril

Retour vers Rivesaltes. Comme le temps est clément, j’ai décidé d’approfondir mes recherches dans la zone. Les lutea, scolopax, marmorata sont maintenant bien ouvertes, les lupercalis sont quasiment terminées. Je trouve un joli pied de scolopax totalement hypochrome, un autre au périanthe un peu bizarre (hybridé marzuola ? ), de très belles marmorata avec le labelle très largement bordé de jaune, un pied de virescens ( ?), des Orchis purpurea.

Mercredi 20 avril

Retour à Cabestany. Toujours pas d’hybrides papilionacea X picta mais de jolies Serapias lingua hypochromes.
Toreilles : les marzuola sont sur la fin, dans la dune je trouve quelques lutea et scolopax et de beaux pavots cornus.

Jeudi 21 avril.

Retour vers La Clape pour voir où en est ciliata et l’hybride à la maison forestière et mettre la main sur l’autre site où on trouve ciliata.
La ciliata en est à sa deuxième fleur, très belle malgré la proximité de la route. L’hybride est là aussi mais fané et rachitique. Dommage. Je vais vers les bomby……. Encore des Homo sapiens à 4 pattes, c’est Colette et Alain Bonny devant une magnifique touffe de bomby. Alain m’indique les hybrides bomby X lutea, mais ils ne sont pas en fleurs. Il décide de me conduire vers ce que je cherche : les autres ciliata. Après quelques minutes de route nous nous arrêtons et coupons à travers bois, je me rends compte que je ne suis pas à plus de 300 mètres de l’endroit exploré quelques jours auparavant. Le long d’une vieille vigne nous trouvons un premier pied en boutons, un peu plus loin un deuxième, magnifique. Alain s’enfonce légèrement dans le bois, un troisième pied, encore plus beau avec deux fleurs s’offre à nous. Je suis ravi. Photos sous le soleil. 

Nous repartons, Alain me montre une ancienne station détruite de marzuola, puis un hybride de bomby X scolopax mais il est fané. 

Nous reprenons la voiture pour aller voir des bomby hypochromes. Avec difficultés nous en trouvons deux au labelle rosé, très mignon. Enuite direction un site pour voir des marmorata entièrement noires, mais les plantes sont capricieuses et ne fleuriront pas cette année. 

Nous nous quittons, Alain semble ennuyé de m’avoir fait voir si peu de choses, moi je suis ravi.

Vendredi 22 avril

Je retourne jeter un œil sur les Serapias lingua de Port Argeles, ils sont en tout début de floraison. Je trouve aussi quelques Anacamptis picta en bouton, très tardifs par rapport à ceux de Cabestany.

Conseils aux voyageurs futurs : la région d’Argeles est peu intéressante d’un point de vue orchidophile, le sol y est acide et peu d’espèces y poussent. Pour trouver ce que l’on cherche, il est nécessaire de parcourir de nombreux kilomètres. Un " camp de base " plus proche de l’arrière pays de Perpignan (vers Rivesaltes, au hasard !) serait plus approprié en évitant des kilomètres superflus et les innombrables méandres de la circulation autour de la ville.

Merci à Jean Marc Lewin et Monique Guesné pour les infos qu’ils ont bien voulu me fournir, à Colette et Alain Bonny pour m’avoir si gentiment guidé et conduit, à Sophie qui me laisse l’abandonner lâchement pendant des heures pour assouvir ma passion.

Philippe Burnel © 2005