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Les Orchidées de la Côte d’Azur
avril 2006

Les photos :
 Ophrys 1 - Ophrys 2 - Ophrys.. à problèmes - Orchis (S.L.)- Serapias


Mes pérégrinations orchidophiles me conduisent cette année vers les rivages des Alpes-Maritimes. Afin de satisfaire ma femme qui est davantage portée vers les plages ensoleillées et les magasins bien fournis, nous résiderons à Cannes près de la vieille ville et du port.
En 1999 nous avions déjà séjourné dans la région, à Théoule, mais je m’étais davantage attaché à la poursuite des observations varoises qu’à la prospection de l’arrière pays azuréen. Il était donc temps de combler cette lacune d’autant que j’avais appris depuis qu’il semble y exister de bien belles espèces.

16 avril.

Je me dirige au hasard vers Sophia-Antipolis afin d’examiner comment est constituée la zone. Pas facile de s’y retrouver entre les petites routes, les zones d’entreprises, les zones d’habitations. Tout cela me semble bien complexe.
Le premier arrêt me permet de découvrir, dans une zone boisée, de nombreux pieds de Cephalanthera longifolia, les premières Ophrys arachnitiformis peu nombreuses et un unique pied d‘une Ophrys ressemblant à nos aranifera. Je repère aussi des Ophrys en boutons ; quelques jours plus tard je constaterai qu’il s’agit d’O. scolopax.
Le deuxième arrêt un peu plus loin me fait découvrir encore des arachnitiformis, des Barlias (Himantoglossum robertianum), encore bien en fleurs, signe d’une saison bien tardive.
Finalement je décide de pousser mes investigations vers Chateauneuf de Grasse où l’on m’a signalé il y a plusieurs années des Ophrys aurelia et scolopax. Le site semble intéressant et je découvre rapidement de belles Ophrys provincialis, O. arachnitiformis, O. lupercalis ainsi que des Serapias lingua en début de floraison. Ne trouvant ni aurelia ni scolopax, je me promets de revenir.

 

17 avril

Direction l’arrière pays de Grasse. Le très beau plateau de Caussol n’offre guère de choses intéressantes, quelques crocus sont encore en fleurs. Je monte à l’observatoire du plateau de Calern où poussent les Dactylorhiza sambucina. L’observatoire est dans le brouillard mais je trouve les Orchidées encore très loin d'être en fleurs, les rosettes sont à peine gonflées, il sera inutile de revenir.
Retour par St Vallier. Je trouve de jolies fritillaires (Fritillaria involucrata) et un joli tapis de narcisses des poètes. Plus loin les Orchis olbiensis sont nombreux et en pleine floraison.
Près des grottes de St Cézaire je trouve des Anacamptis morio et un pied de l’Ophrys arachnitiformis.

18 avril

Achat d’une carte IGN pour essayer de m’y retrouver dans le secteur de Sophia.
Je retourne voir mon " aranifera " qui me pose de plus en plus de problèmes. Je refais quelques photos et suis de plus en plus persuadé qu’il s’agit de O. massiliensis en toute fin de floraison mais cette identification ne sera pas confirmée par les spécialistes de apifera.fr qui n’y voient qu’une arachnitiformis… pas moi !
Je continue ma route par la route des crêtes. Des Barlias attirent mon attention, je m’arrête un peu plus loin pour revenir sur mes pas et tombe nez à nez avec un Ophrys très grand et bien étonnant. De toute évidence il s’agit pour moi d’un hybride en fin de floraison ; l’un des parents doit donc être O. arachnitiformis, mais l’autre ? Je soupçonne O. aurelia qui, je le sais, est présent dans le site de l’entreprise proche. Certains n’y verront plus tard qu’un simple arachnitiformis, j’ai des doutes. En tout cas la plante est jolie. Je prends ensuite un " sentier de découverte " où j’observe des Orchis purpurea, Ophrys provincialis, O. incubacea et O. arachnitiformis.
Je reprends la voiture pour quelques centaines de mètres. Nouvel arrêt. Des Anacamptis papilionacea sont en tout début de floraison au milieu des cailloux. Puis des Ophrys bilunulata, incubacea et de toutes petites Ophrys aurelia en tout début de floraison. Je trouve aussi des Himantoglossum hircinum en boutons et des Aceras (Orchis anthropophora) montrant leurs premières fleurs. Je rentre, ravi d’avoir trouvé si facilement aurelia et papilionacea ; je me promets de revenir visiter le site.

19 avril.

J’ai décidé de consacrer l’après-midi à la découverte de la région du col d’Eze. Je prends donc l’autoroute de France qui doit abriter le plus grand nombre de péages au kilomètre !
Le secteur du fort de la Revère offre une vue magnifique. Je découvre rapidement des dizaines de Barlias encore en fleurs, quelques arachnitiformis, des Aceras, Orchis olbiensis puis à nouveau des O. aurelia. Je ne trouve pas le site où l’on m’a indiqué la présence d’O massiliensis (mal cherché sûrement) mais finalement j’en découvre un pied près de la route en redescendant.

20 avril

Retour vers Sophia pour voir les aurelia et papilionacea. Je trouve des O. scolopax et O. provincialis
Un peu plus loin je trouve à nouveau des scolopax au bord de la route.
Puis les investigations le long d’un chemin menant à la rivière La Brague me font découvrir des Ophrys bilunulata, scolopax, provincialis, incubacea, arachnitiformis et des Aceras.
Encore plus loin je retrouve des papilionacea puis d’autres encore au bord de la route de Biot, dont un pied de la variété rubra). Je commence à me demander s’il n’y en à pas partout !
Une route menant la rivière me fait découvrir les premières Ophrys splendida et de nombreux Limodores encore en boutons.

21 avril
Je reprends mes recherches à l’endroit où je les avais arrêtées la veille. Je trouve des O. bilunulata et Céphalanthères.
Je reprends la voiture pour me diriger vers une zone qui semble bien dégagée sur la carte, près d’une école. Il y a des nombreux O. splendida, des arachnitiformis et encore quelques aurelia ainsi que de rares pieds de Serapias vomeracea. Mais là, la surprise est ailleurs et réside dans des centaines de pieds de papilionacea encore en boutons pour la plupart. Je n’en ai jamais vu autant (faut dire que, à part le fameux camping près du bois du Rouquan, je n’en ai jamais vu d’autres !).
22 avril
Direction le bois du Rouquan dans la plaine des Maures. J’y ai rendez-vous avec un groupe d’habitués du forum Photocritik afin de leur faire découvrir les orchidées de la région (faut dire que depuis le début de l’année je tanne les niçois pour qu’ils me trouvent O. massiliensisi, mais à part des Barlias, ils n’ont rien trouvé, faut donc que je leur montre à quoi ressemble une Ophrys).
Je suis surpris par la sécheresse, les petits ruisseaux qui coulent habituellement sont totalement à sec, les orchidées sont peu nombreuses et parfois déjà bien grillées. Nous trouvons quand même ce que nous cherchons : Ophrys incubacea, O. provincialis, O. scolopax, Serapias neglecta, S. lingua, S. olbia, Anacamptis picta, A. champagneuxi, Platanthera bifolia. Nous passons une bien agréable journée.

23 avril
Lac de St Cassien, quelques Serapias neglecta sont butinées par des abeilles, je n’arrive pas à faire de bonnes photos, mais je vois les pollinies sur la tête de quelques unes.
Vers Fayence je vois de belles Ophrys provincialis, des Orchis purpurea et des Ophrys lupercalis fanées. Aux grottes de St Cézaire je trouve quelques Orchis bouc en boutons et des Ophrys provincialis. Journée peu fructueuse en orchidées mais j’ai traversé de bien beaux paysages.

24 avril
Je retourne voir mon tapis de papilionacea près de l’école. Les floraisons s’activent et je trouve un autre groupe d’Ophrys aurelia.
Dans le secteur de La Rine je trouve des Cephalanthera damasonium en début de floraison. Elles fleurissent donc très nettement après les C. longifolia contrairement à ce qu’on peut lire dans un ouvrage normand !

25 avril
Sortie touristique à St Paul de Vence…. Sans commentaire (on se croirait au Mt St Michel !)

 

26 avril
Ma carte IGN m’indique une grande zone dégagée près de Biot. Je m’y précipite. Il n’y a pas d’Ophrys mais une très grande quantité de Serapias olbia qui, de toute évidence, commencent à souffrir de la sécheresse ; je trouve là aussi quelques pieds de papilionacea. Il y a aussi de nombreux Geckos (Tarentula mauritanica) sous les pierres, ils sont très vifs et difficiles à photographier. Marchant le long d’un chemin, je suis surpris par un bruit près d’une pierre, une couleuvre vient de se jeter sur une tarente dont la queue gigote encore hors de la gueule du prédateur, dure loi de la Nature. J’ai juste le temps de faire deux mauvaises photos avant que le serpent ne se faufile sous la grosse pierre.
Je repasse par La Rine, j’y trouve (encore !) des papilionacea, des limodores (Limodorum abortivum) presque ouverts et les premières Serapias cordigera.
En rentrant je fais une nouvelle halte vers Sophia au bord de la route dans une zone encore non explorée. Je trouve de nombreuses orchidées : Ophrys scolopax, arachnitiformis, bilunulata, aurelia, provincialis, splendida, Cephalanthera damasonium, Anacamptis papilionacea, Himantoglossum hircinum.

27 avril

Ma carte indique une zone dégagée au Rouret. Je m’y rends. En fait la zone est occupée par de la broussaille à peine défrichée. Il y a peu de plantes : de rares Ophrys scolopax, des Cephalanthera longifolia et quelques limodores bien ouverts. Je trouve aussi un petit groupe de limodores entièrement hypochromes, ils sont encore en boutons mais de toute évidence la tige et les boutons sont entièrement jaunâtres.
Malgré tout le site est assez décevant et je décide donc de retourner à Chateauneuf, tout proche. Les scolopax et aurelia devraient y être en fleurs, il me semble même qu’on m’avait parlé de l’hybride entre les deux.
Rapidement je trouve un unique pied de Neotinea tridentata, une première pour moi, je suis content. Un peu plus loin je trouve des Ophrys scolopax dont certaines sont un peu bizarres, elles seront en fait identifiées par Pierre-Michel Blais comme Ophrys vetula pour certaines et hybride vetula X provincialis pour une autre. Plus loin je trouve des O. incubacea, des limodores. Je découvre que là aussi les papilionacea et aurelia sont en grande quantité. Il y a aussi les deux espèces de Céphalanthères, de nombreux Serapias olbia et quelques S. vomeracea. Finalement je trouve une plante qui me semble hybridée entre une Ophrys provincialis et… autre chose (peut-être aurelia), mais à forte tendance provincialis. Un peu plus loin un autre hybride, magnifique, dont l’identité ne fait aucun doute : aurelia X provincialis. La plante est superbe.

28 avril

C’est le dernier jour, je décide de le passer dans le secteur de la route des crêtes. J’y découvre encore de nombreux Ophrys dont de nouveaux sites d’O. aurelia et de papilionacea. Les quelques pieds de papilionacea que j’avais vus la première fois sont maintenant plusieurs dizaines, bien ouverts. Je trouve aussi un bien beau pied de « provincialis » qui pourrait fort bien être hybridé avec incubacea.
Je finis près de l’école où je trouve un nouveau groupe d’aurelia ainsi que des O. scolopax.
 

Voilà, il faut rentrer. Le séjour ne devait pas m’apporter de grosses surprises, il m’a quand même permis de voir deux espèces que je ne connaissais pas (Ophrys massiliensis et Neotinea tridentata), trois hybrides et surtout il m’a permis de constater l’importance des populations de Anacamptis papilionacea et Ophrys aurelia dans la région, deux espèces bénéficiant d’une protection nationale. Donc, même si la côte elle même n’est qu’un mur de béton, il y a pour les naturalistes encore de bien belles choses à voir dans l’arrière pays et dans les quelques zones encore peu urbanisées… mais cela va-t-il durer ?
 
 

Bombyle sur Ophrys splendida
Valbonne

© P.Burnel