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De Saint Nazaire au Rouquan, à la recherche des Ophrys précoces.

25 Mars  au 1er avril 2019

Texte - Photos des plantes



L’objectif de ma première virée printanière est de parcourir la côte atlantique afin d’y observer les Ophrys précoces et particulièrement les plantes décrites récemment sous Ophrys  suboccidentalis et suboccidentalis subsp olonae, une population que je veux voir depuis longtemps. O.suboccidentalis est décrit de St-Loup et l’espèce comporterait également les plantes de St Nazaire, St Brevins,  Noirmoutiers, etc.. alors que olonae serait restreint aux Sables-d’Olonne.


Lundi 25 mars.

Je retrouve l’ami Jean-Yves chez lui près de St Nazaire et de là nous allons retrouver Éric VK sur le premier site près de la plage des Jaunais. Nous y observons de très nombreux Ophrys qui appartiendraient à la nouvelle espèce suboccidentalis. Plus loin un autre site nous présente le même type de plantes. Je veux bien qu’on l’appelle comme on veut mais pour moi ce n’est rien de plus que des plantes précoces de Ophrys aranifera. Mis à part la précocité rien ne les distingue

Nous prenons ensuite la route vers Batz-sur-mer où les plantes sont également en pleine floraison.

Il y a peu de variabilité, parfois quelques petites différences mineures qui rentrent, à mon sens, dans la variabilité d’aranifera.

Nous nous dirigeons ensuite vers la Turballe où des O.passionis sont en bouton. De là nous rejoignons St-Brevins pour une autre population bien homogène d’Ophrys aranifera précoce mais un peu moins avancée, elle est sous les pins.

Jean-Yves nous expliquera longuement sa théorie sur la pollinisation des Ophrys précoces ce qui met bien à mal la description de la nouvelle espèce.

Nous avons également observé des rosettes d’autres Orchidées : Orchis bouc, Ophrys apifera, Spiranthes spiralis, Serapias parviflora notamment.

Une belle et riche journée sous le soleil.

Mardi 26

Direction les Sables-d’Olonne où je retrouve Eric, Yves Wilcox et un vieil ami cichlidophile devenu ornithologue, André Barzic. En chemin je vois une belle population d'Anacamptis morio à Bourgneuf-en-Retz.

Il est facile de trouver les Ophrys d’Olonne, il y en a partout. La différence avec les plantes vues la veille est évidente. Les fleurs sont plus grosses, les plantes plus hautes, le périanthe est plus arachnitiforme, le champ basal est plus haut, l’angle du gymnosperme plus ouvert. Il y a beaucoup de périanthes clairs. De toute évidence il s’agit d’une population à rattacher à Ophrys exaltata (comportant déjà arachnitiformis et marzuola), mais tout le monde n'est pas d'accord là -dessus et beaucoup n'y voient que des O.aranifera précoces un peu particuliers.

Nous passons un bon moment sur la dune puis je décide de descendre vers Oléron où les Ophrys passionis sont en fleur.

Sur la première station je ne trouve que des Anacamptis morio. Je suis déçu mais je découvre un message de « Thierry » sur le forum. Il m’indique d’autre sites. Le premier est intéressant, le deuxième est éblouissant ! Il y en a partout !

La soirée s'avance et j'assiste à un magnifique coucher de soleil,

Mercredi 27


Direction Saint-Loup où je retrouve Sébastien Dexpert pour observer la population type de Ophrys suboccidentalis. Au premier abord je ne vois pas vraiment de différence avec un Ophrys aranifera précoce mais ensuite j’observe qu’il y a de nombreux pieds à tendance marzuola avec un champ basal plus haut et un labelle plus ovale, mais les pseudo-yeux restent verts. Je pense qu’il s’agit d’une population d’aranifera précoce introgressée par marzuola. Cela valait-il la peine de lui accorder un rang spécifique ?

Il y a quelques pieds à périanthe blanc, beaucoup moins qu’à Olonne et nous trouvons également trois lusus.


Je prends ensuite la route vers l’Aveyron pour voir des dents de chien. Je passe par les routes de campagne jusqu’à Perigueux, mais là, ras le bol, je prends l’autoroute, plus long, plus cher mais moins casse-******. Je passe la nuit sur une aire d’autoroute, c’est moins calme qu’à Oléron !








Jeudi 28

La nuit n’a pas été  mauvaise mais ce matin il fait 0° C et malgré mon excellent duvet j’ai eu un peu froid aux pieds.

Je reprends l’autoroute jusqu’à Caussade puis je laisse mon gps me guider en mode eco vers le site des dents-de-chien (Erythronium dens-canis) en Aveyron.

Le mode eco c’est bien pour visiter les petits villages via les chemins vicinaux ! Passant à  proximité de Cordes-sur-ciel je me détourne pour reprendre une route un peu plus importante et visiter ce magnifique village.

Nouvel arrêt à Albi pour visiter la cathédrale, très impressionnante et magnifiquement décorée. Je rejoins finalement les dents-de-chien que je découvre pour la première fois. Ils forment un véritable tapis dont la couleur rose est agrémentée du jaune des jonquilles (Narcissus pseudonarcissus) et du blanc des anémones (Anemone sylvestris).

Je suis ravi de ce détour, certes un peu long, mais qui m’a permis de voir de belles plantes, de magnifiques paysages et jolis villages, ce que l’on ne peut apprécier en prenant l’autoroute. Mais il faut avoir le temps.

Je finis la journée à La Salvetat-sur-Agout où je fus moniteur de colo en 1974. Ça a bien changé et je ne reconnais pas grand chose.

Vendredi 29.


Réveil frisquet. La tente est recouverte de givre !


Je prends la route vers les Bouches du Rhône mais en cours de route je bifurque vers Gruissan et le massif de La Clape, espérant y voir quelques Ophrys exaltata marzuola, histoire de compléter la première partie du voyage.


La zone est très sèche et je n’ai jamais vu aussi peu d’orchidées ici.  Un seul marzuola en fin de floraison, quelques O. forestieri en fin de floraison et des O. marmorata (« bilunulata ») encore bien frais à l’ombre de pins. A part ça rien !!
Il y a de beaux iris encore frais et aux couleurs très variées.


Je décide de laisser le sac de couchage dans la voiture ou la tente pour prendre une chambre d’hôtel à Montpellier car je dois commencer à sentir le chacal crevé.



Samedi 30

Je fais un arrêt dans la plaine de la Crau où j’avais vu des Spiranthes à la Toussaint 2017. Je ne trouve rien il ne pousse que des galets et crottes de moutons. Au téléphone Michel (Michcool) me dit qu’il n’y a que des Ophrys apifera, plus tard.

Par contre je fais une découverte très intéressante. Je suis en panne de fromage et j’achète un « Camembert » ; difficile voire impossible de trouver un vrai Camembert donc je décide de tester le camembert de Monsieur Toutlemonde offert par les grandes surfaces....
Ah !! On appelle ça du Camembert ? C’est une blague ? Aucun goût, totalement fadasse. Au moins on comprend pourquoi il faut se battre pour conserver le vrai Camembert.


Pointe de Bonnieu à Martigues : tout est grillé ou presque, les barlias sont finis. Je trouve quelques Ophrys delforgei, ce qui est bien puisqu’il est décrit de cette zone. Ce n’est qu’un petit marmorata ! Et de rares Ophrys passionis en fin de floraison.

La Plaine-Saint-Martin, quelques barlias encore fraîches, Ophrys passionis et un Ophrys arachnitiformis en dernier fleuron.

A Carro les traces des incendies de 2017 sont encore bien visibles. Là aussi la terre est très sèche. Je trouve quelques pieds d’Ophrys qui piquent du nez et encore un Ophrys passionis potable.

Ce ne fut pas une journée vraiment mémorable. Je pense qu'il faudra revenir une autre année.







Dimanche 31

Belle journée sur les terres de Annie et Michel.

Nous commençons à Patafloux où, là aussi, les plantes sont grillées par la sécheresse. Il y a encore quelques Barlias encore fraîches, Ophrys arachnitiformis, passionis, forestieri. Il y a très peu de plantes et la fin de la saison risque d'être catastrophique car on voit peu de rosettes d'espèces plus tardives.

Nous prenons la route vers Sainte-Croix en faisant une halte pour photographier quelques Androrchis olbiensis un peu rabougris.

Sainte-Croix est normalement riche en orchidées, là aussi peu de plantes mais quand même de très belles choses et notamment de beaux hybrides : 

O. provincialis, O.pseudoscolopax (linearis
pour certains), O. forestieri, O. passionis, speculum x passionis, pseudoscolopax x passionis, forestieri x provincialis, forestieri x passionis (pas forcément facile de les différencier), forestieri x speculum et enfin, Michel m'a prévu une « cerise sur le gâteau » : un beau pied d'Ophrys speculum.

Nous nous quittons en espérant pouvoir refaire la sortie une année plus propice.

Je reprends la route jusqu’au bois du Rouquan dans la plaine des Maures. L’herbe crisse sous les pieds, comme en plein été. Rien vu de terrible.



Lundi 1er avril.


J’ai décide de remonter vers la Normandie, inutile de rester dans le secteur compte tenu du peu de floraison.

Je fais un petit tour à Pierrefeu où il y a normalement beaucoup d’arachnitiformis, j’en trouve un seul pied ! Il y a aussi quelques Anacamptis champagneuxi bien frais.

Mais j’ai encore une étape importante pour aller voir l’orchidée qui est sans doute la plus rare de France continentale, Anacamptis longicornu.  Il n’y aurait que quelques pieds. Je sais que l’un d’eux avait une fleur le 31.

Je trouve facilement, trois fleurs sont ouvertes ce matin, je fais chauffer la carte mémoire. Merci Diane.

Direction la Normandie avec une petite halte à Avignon pour voir une belle population de l’Ophrys exaltata marzuola (occidentalis) dont beaucoup de pieds ont quand même une belle tête de passionis. Je fais vite, trop vite. Je prends les plus beaux pieds en photos et, en rentrant je me pose des questions. Mes doutes seront confirmés, mes "marzuola" sont quasiment tous des "passionis"

Ce seront les dernières plantes du voyage.



Un détour chez Jean-François au pied de Crussol pour discuter une demi-heure puis, le lendemain un gros détour vers les Vosges pour faire faire une visite surprise dans la famille et le voyage se termine.




Malgré le peu de plantes dans la partie méditerranéenne je suis ravi de ce périple qui m’a permis d’observer de bien belles espèces et qui m'a donné envie d'y retourner une meilleure année.


Je remercie tous ceux qui m’ont aidé en me fournissant des données, je n’en cite pas un seul tant ils sont nombreux et de peur d’en oublier un seul mais ils se reconnaîtront. Merci à vous tous et merci à ceux qui ont eu l’immense gentillesse de m’accompagner durant quelques heures dans les campagnes française de Saint-Nazaire, jusqu'au massif de l'Estaque.





© Philippe Burnel 2019