Des Cichlidés pour des petits bacs             Article publié dans Aquaplaisir n°41

Quand on parle de la maintenance des Cichlidés on envisage bien souvent des volumes d'eau particulièrement importants. Aux dires des spécialistes, des bacs de 500 litres constituent maintenant quasiment un minimum pour une petite communauté de poissons de cette famille. Ce volume de 500 litres, s'il peut paraître colossal pour certains, semble ridicule pour d'autres. A l'inverse, la lecture de certains livres laisse entrevoir que la maintenance de certains "Haplos" du Malawi est possible dans des bacs de 250 litres. C'est ainsi que certains aquariophiles font cohabiter dans un volume de 200 à 300 litres des communautés aberrantes. Mais tout cela ne concerne que les heureux possesseurs de bacs de ce volume. Et les autres ? Les débutants, ceux qui n'ont que des bacs de moins de 100 litres, comment font-ils ? Doit-on leur déconseiller formellement la découverte des Cichlidés et de leurs comportements si intéressants ?

Bien sûr que non.

Ce mois-ci nous vous proposons un rapide tour d'horizon des espèces ou plus exactement des groupes d'espèces, qu'il sera possible de maintenir dans un petit volume et ainsi de mettre le pied dans la cichlidophilie.

Tout d'abord définissons ce que nous pouvons entendre par "petit volume". Nous déciderons, totalement arbitrairement, qu'il s'agit d'un bac standard d'un volume extérieur maximum de 120 litres soit un bac de 100x30x40. Notons que ces dimensions ne sont pas vraiment adaptées à la maintenance des Cichlidés, ceux-ci étant de façon prédominante des poissons vivant à proximité du fond, une surface de 100x30 est mal appropriée et difficile à décorer. Il serait plus judicieux d'envisager des bacs standard de 100x40 de base et 30 cm de haut, mais on ne changera pas le monde !

Faisons donc maintenant un tour d'horizon de ce qui pourra s'offrir à nous.

Commençons par l'Amérique :
 
 
De toute évidence l'Amérique du sud regorge d'espèces qu'il sera possible de maintenir dans de petits volumes. Le genre Apistogramma compte de très nombreuses espèces ne dépassant guère 8 à 10 cm pour les gros mâles. S'agissant essentiellement d'espèces polygames notre aquarium pourra héberger un groupe constitué de un mâle et 3 à 4 femelles dont chacune aura son territoire propre au sein du grand territoire paternel. Il est souhaitable d'éviter dans un tel volume la cohabitation de deux espèces du genre de façon à éviter les escarmouches aux confins des territoires respectifs. Il ne s'agit que d'un souhait car, en fait, une cohabitation de deux couples est envisageable à conditions que les espèces soient vraiment bien différentes. Parmi les Apistogramma les plus communément rencontrés dans le commerce français citons : A. agassizii, A. cacatuoides, A. viejita, A. macmasteri, A. nijsseni ce qui est très peu en comparaison de la soixantaine d'espèces décrites. Parmi les autres genres de Cichlidés nains sud-américains citons encore Taeniacara et Dicrossus et, parmi les genres comportant des espèces un peu plus grandes mais toujours adaptées à notre aquarium, les Laetacara, Mikrogeophagus et Crenicara.

Toutes ces espèces devront être maintenues dans des aquariums abondamment pourvus en cachettes constituées de racines de tourbières et plantes ainsi que de péricarpes de noix de coco qui constitueront des abris recherchés par les pondeurs sur substrat caché. Des aquariums décorés de racines et dont le fond est constitué de feuilles de chêne peuvent constituer une remarquable imitation du milieu naturel tout en sortant de l'habituelle décoration type du bac d'ensemble. L'éclairage sera faible et/ou tamisé au moyen de plantes flottantes. L'eau devra être impérativement douce et acide. La très grande majorité des eaux amazoniennes ont un TAC très bas parfois quasiment non mesurable et un pH souvent compris entre 6 et 6,5. Notons que le biotope naturel de A. cacatuoides est plus alcalin, ce qui explique vraisemblablement sa grande diffusion dans le milieu aquariophile. L'utilisation d'un osmoseur est donc indispensable pour une maintenance satisfaisante, particulièrement des sujets sauvages de la très grande majorité des espèces.

Toutes ces espèces pourront constituer un ensemble tout à fait agréable en compagnie de Characidés tels que les néons qui occuperont la partie supérieure du volume d'eau tout en fournissant un dérivatif apprécié par les parents lors des périodes de garde parentale. Des Loricariidés tiendront compagnie à nos Cichlidés dans la partie inférieure.
 
 
 
L'Amérique Centrale abrite de nombreuses espèces très colorées, elles ne seront toutefois dans leur grande majorité pas adaptées à notre aquarium. Ne sera envisageable que la maintenance en couple et pour la reproduction de poissons appartenant à des espèces de taille modérée, c'est à dire les Thorichthys (dont l'espèce la mieux connue est T. meeki mais qui compte également d'autres espèces particulièrement brillamment colorées comme T. aureus, T. helleri ou T. ellioti) ou les Cryptoheros(C. myrnae, C. nanoluteus, C nigrofasciatus par exemple ou encore les très beaux Cryptoheros altoflavus ).

Passons l'océan pour débarquer en Afrique de l'Ouest.
 
 

Les biotopes équatoriaux y sont assez semblables à ceux de l'Amazonie : des ruisseaux aux eaux douces et acides. Parmi les espèces privilégiées nous ne pourrons manquer les Pelvicachromis aux couleurs chatoyantes mais dont il est malheureusement parfois difficile de se procurer d'autres sujets que ceux issus des élevages industriels et les Hemichromis rouges. Citons également les Nanochromis. Ces espèces se maintiennent en couple en compagnie de Characoides comme les Phenacogrammus mais il est également possible de leur adjoindre des poissons-chats du genre Synodontis constituant ainsi un bac géographique tout à fait agréable. L'ouest africain abrite également quelques espèces habitant les cours d'eau à fort courant dont la plus connue est certainement Steatocranus casuarius. La maintenance est possible dans un bac relativement petit décoré de galets ronds et équipé d'une pompe de circulation d'eau assurant un fort brassage (10 fois le volume horaire au moins) reconstituant ainsi le biotope naturel de ces poissons.

 

Et les grands lacs ?

Réglons immédiatement le cas du lac Malawi : à l'exception de la maintenance d'un trio de M'bunas peu agressifs (Labidocromis caeruleus par exemple) il est illusoire de maintenir des poissons de ce lac dans de bonnes conditions dans un si petit volume. Toute communauté piscicole y est impossible sauf à faire ressembler votre aquarium à une soupe de poissons.

Le lac Victoria pourrait être dans le même cas sauf que de tels petits aquariums peuvent parfaitement être utilisés comme bacs spécifiques pour la reproduction des espèces permettant ainsi d'éviter de mélanger des souches parfois assez semblables.

Le lac Tanganyika abrite une communauté piscicole très variée et extrêmement intéressante à maintenir et à observer. Si le lac héberge l'un des plus gros (si ce n'est le plus gros) Cichlidé du monde (Boulengerochromis microlepis) il héberge aussi des espèces qui sont parmi les plus petites. Les Cichlidés conchylicoles se sont adaptés à la vie dans les zones abondamment pourvues en coquilles vides d'escargots. Ce sont des espèces souvent de très petite taille, parfois inférieure à 5 cm, et qui seront donc parfaitement adaptées pour notre aquarium. La maintenance en colonie ou en harem est préconisée, permettant ainsi de découvrir toutes les finesses comportementales de ces petites merveilles. Dans la mesure du possible on évitera la maintenance conjointe de deux espèces de façon à éviter les conflits de territoire, par contre il sera possible d'aménager la face arrière du bac avec un amas rocheux qui abritera un ou deux couples choisis parmi les petits Julidochromis (J. ornatus, J. transcriptus) ou les petits Telmatochromis longilignes (T. brichardi, T. bifrenatus..).

L'eau devra impérativement être dure et alcaline (pH>8) et fortement oxygénée. La maintenance de ces espèces ne pose aucun problème particulier et l'aquariophile aura rapidement le plaisir de voir de minuscules larves sortir des coquilles ou des roches.

Un tel aquarium pourra également être utilisé comme bac spécifique pour la reproduction de certains lamprologues un peu plus gros comme Neolamprologus leleupi par exemple.

Comme on le voit un petit bac peut parfaitement être adapté pour certains Cichlidés. Toutefois, il faut savoir que quand vous aurez découvert cette vaste famille et la multitude de ses comportements, il y a de fortes chances pour que vous sentiez alors la nécessité d'agrandir votre installation, vous passerez alors à quelques centaines de litres puis pourquoi pas, quelques milliers de litres. Plus vos bacs s'agrandiront, se multiplieront, plus vous aurez de satisfactions. Alors, n'hésitez pas à sauter le pas, vous verrez que la maintenance d'un grand bac est plus simple que celle d'un petit et le choix des poissons tellement plus vaste. Alors, pourquoi hésiter ?

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