La maintenance des M'bunas (3)
Il est bien difficile de séparer ces deux points. En effet, un poisson bien nourri est rarement malade. Si, de plus, les conditions de maintenance sont bonnes, un m'buna est quasiment increvable.

Alimentation

En ce qui concerne la nourriture, il convient de considérer deux points : la qualité et la variété.

Pour la qualité la référence sera constituée par les études faites sur les contenus stomacaux de sujets capturés en milieu naturel ; on se rend compte que ces poissons se nourrissent principalement des algues présentes sur le substrat, de petits crustacés et de plancton. A cette connaissance, il convient d'ajouter l'expérience des aquariophiles qui ont permis de trouver des nourritures de substitution.

Pour des raisons d'hygiène, les nourritures vivantes seront proscrites au profit des nourritures congelées (ce qui n'est pas un gage de pureté absolue). De même, toutes les nourritures carnées (cur de buf, etc.) ou les vers de vase seront supprimés, car ils risquent de provoquer des occlusions intestinales ou, à forte dose, une dégénérescence des cellules du foie. En ce qui concerne ce type d'aliments, dans le livre "Le Grand Livre des Cichlidés", il est déconseillé d'utiliser non seulement le cur de buf, mais également tous les aliments ayant des constituants issus des mammifères (lait, viande...) car les graisses issues d'animaux à sang chaud sont difficilement assimilées par les poissons à une température de 25 °C. Jetez un il sur la composition des diverses nourritures pour poissons, vous êtes certain de tout mettre à la poubelle!

La nourriture de base sera un mélange globalement constitué à parts égales de moules (sans la coquille), poisson maigre, crevettes, épinards. Le tout est acheté congelé, haché rapidement, mélangé puis recongelé immédiatement en plaques. Certes, les critères d'hygiène en alimentation humaine stipulent qu'ils ne faut pas recongeler un produit dégelé (sont-ils bien respectés pendant le transport et la manutention des marchandises ?), mais selon notre expérience, ils ne se justifient pas avec des poissons si vous n'êtes pas trop négligent. A partir de ce schéma de base, on trouve différentes variantes : petits pois, avec ou sans poisson ou sans moules, gélatine pour lier la purée, vitamines, etc. Chacun fera ses propres expériences, sa propre cuisine.

Dans le livre précédemment cité, Kjell FOHRMAN a effectué unes série d'expériences sur des Maylandia estherae ("Metangula") avec six nourritures distinctes. Les sujets les plus colorés furent obtenus avec de la nourriture composée de crevettes entières hachées, petits pois et de poudre de Spiruline (algue). Il conseille donc la mixture suivante:

1 kg de crevettes,

1 kg de petits pois congelés,

10 ml de poudre de spiruline,

100 g de gélatine,

10 gouttes de vitamines concentrées.

Voilà pour la nourriture de base, on pourra également distribuer des paillettes à prédominance végétale, des nouilles aquariophiles qu'il est préférable de faire ramollir dans l'eau tiède avant distribution ou encore des artémias congelées qui constituent toujours une excellente nourriture.

Le dernier conseil concernant la nourriture est relatif à sa quantité. Les M'bunas sont des poissons gloutons, plus on leur en donne et plus ils mangent. Le résultat est surprenant, on obtient des poissons "géants", tels que Maylandia lombardoi de 19 cm, Labidochromis caeruleus de 16 cm, Labeotropheus fuelleborni de 22 cm, etc., alors que, dans le lac, ces poissons ne dépassent guère une taille de 7 cm pour les plus petits à 12 pour les plus grands. Ces "monstres" sont souvent excessivement adipeux, la région pelvienne bourrée de graisse (style américain nourri au coca et hamburgers). En conséquence, il faut nourrir parcimonieusement, plutôt un petit peu souvent qu'en grande quantité moins fréquemment. De toute manière, vos poissons ne mourront pas de faim : les spécimens en bonne santé peuvent supporter plusieurs semaines de jeûne, à l'image des femelles en incubation, qui ne se nourrissent pas le temps de l'éclosion et du lâcher des jeunes, qui restent dans la bouche maternelle au minimum trois semaines. Toutefois, il est préférable de prévoir une alimentation minimale pendant les vacances car les M'bunas étant des poissons très remuants, ils épuisent leurs réserves énergétiques plus vite que la plupart des autres Cichlidés ou, bien entendu, d'autres poissons plus lents ou d'eau froide. Même s'ils ne meurent pas d'inanition, ils sont plus exposés aux maladies, et les spécimens dominés, dont la peau et les nageoires sont plus souvent agressées par les morsures des dominants, sont particulièrement prédisposés aux infections et diverses mycoses.

Les maladies :

Les M'bunas sont plutôt résistants pour des poissons en général, mais en fait, pas si increvables que cela : leur espérance de vie en aquarium est d'environ dix ans, mais les sujets qui atteignent cet âge respectable ne sont pas si courants. Comparés à certains poissons indestructibles, tels que plécostomes, gros characoïdes, labéos, etc. ils sont finalement sensibles à un certain nombre de maladies.

En premier lieu, viennent les maladies cutanées : les ectoparasites tels que Oodinium peuvent faire des ravages dans un bac insalubre, surpeuplé, mal filtré et mal aéré, et cela d'autant plus facilement que la pollution survient vite dans un bac à M'bunas, tout comme la surpopulation : une ou deux portées d'alevins lâchées dans le bac par des femelles non récupérées font augmenter la densité de manière insidieuse en l'espace de quelques mois. Par ailleurs, les M'bunas étant très querelleurs, les agressions du tégument sont quasi constantes dans un bac trop peuplé. Les mâles adultes dominés et les femelles sont les plus exposés, mais parfois, les dominants (ou même le mâle alpha du bac) peuvent être particulièrement affaiblis pendant la période où un jeune mâle tente de bouleverser la hiérarchie. Même les mâles qui sortent vainqueurs des combats ont en général les flancs râpés et la bouche écorchée, ce qui est la voie ouverte à toutes les infections. Dans un bac à M'bunas, il est bien rare qu'il n'y ait pas au moins un individu dont la mâchoire ne peut plus se refermer complètement, suite à une mauvaise cicatrisation du tégument. Lors d'une deuxième remise en cause de la hiérarchie, cet individu est presque assuré de perdre des places, vu que l'efficacité de sa morsure est nettement amoindrie. De même, il est quasi systématique de trouver un ou plusieurs individus borgnes : les yeux écorchés cicatrisant mal, l'infection finit par détériorer complètement l'ensemble du globe oculaire. A ce propos, vu la facilité avec laquelle les M'bunas s'écorchent la cornée (même en essayant seulement de fuir un agresseur ou de pourchasser un intrus, sans qu'il n'y ait combat, et là, les mâles dominants sont particulièrement exposés), il est indispensable d'éliminer les roches abrasives de leur bac. La très décorative pouzzolane, si souvent appréciée des cichlidophiles, doit donc être proscrite. Quant aux autres roches, il est nécessaire d'en abraser toutes les aspérités et d'en briser les excroissances acérées.
 
Outre les maladies cutanées, les M'bunas, tout comme les "brouteurs" du Tanganyika, sont sensibles à différentes formes d'hydropisie dont il est difficile de déterminer l'agent pathogène responsable. L'infection se traduit généralement par un "ballonnement" du poisson et prend souvent un caractère contagieux galopant. Les guérisons sont alors minoritaires, le meilleur moyen de lutte restant le retrait des individus ayant cessé de se nourrir et la prévention. Celle-ci consiste à éviter toutes les nourritures indigestes responsables d'occlusions et autres désordres digestifs, ainsi que la pollution et la surpopulation, favorables à la prolifération d'agents pathogènes facultatifs. 

 

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